All-Ireland 2018

mardi 25 août 2015

Cavan (An Cabhán)






Cavan est le berceau de la GAA en Ulster et avec 39 titres, le comté le plus titré de la province, même si la plupart de ces titres font depuis longtemps parti de l'histoire, les Breffni's n'ayant conquis qu'une seule Anglo-Celt Cup sur les 45 dernières années.
La première manifestation officielle organisée par la GAA en Ulster le fut par le tout jeune club de Ballyconnell Joe Biggars.
Joseph Biggar

Biggar, originaire de Belfast, venait d'être élu député du parti nationaliste pour le comté de West Cavan au parlement de Westminster en décembre 1885.
Son élection semblait offrir la preuve locale que le home rule incarné par le leader du parti nationaliste -Charles Stewart Parnell- était désormais une réalité politique prenant corps au quotidien dans la vie des Irlandais.
Ainsi, les fondateurs de Ballyconnell accolaient-il avec fierté le nom de ce prestigieux parrain à celui de leur club.
La date de fondation du club reste floue mais il fut officiellement affilié à la GAA en mars 1886 et disputa son premier tournoi en avril de cette même année.
Le fait que les fondateurs de Ballyconnell donnent à leur club le nom d'un député nationaliste est en soit significatif et également un reflet du temps, mais étrangement, cela n'avait rien d'un principe intangible, car quelques années plus tard, et alors que d'autres clubs se réclamaient du titre de plus ancien d'Ulster, le nom de Biggar fut considéré comme trop...daté par les dirigeants du club et décision fut prise de transformer l'appellation en Ballyconnell First Ulsters.
Chose quelque peu oubliée aujourd'hui, les meetings d'athlétisme tenaient à l'origine une place centrale dans la vie de la GAA lors ses premières années d'existence et l'engouement populaire qui entourait ces événements était palpable et précisément retranscrit par les journaux.
Pour beaucoup, la GAA prosperait précisément grâce à cette capacité à offrir des occasions de rassemblements et de sorties pour toutes les classes sociales.
Même si la GAA a depuis abandonné  l'athlétisme, son rôle dans la construction des premiers temps de l'association reste assez prégnant. Si l'athlétisme possédait à la base une position dominante, le football gaélique était déjà en embuscade et affirmait sa domination quasi sans partage sur un hurling ne jouissant lui que d'une représentativité très modeste dans le comté.
L'engouement pour le football était manifeste, et exprimé à l'occasion d'un match opposant Ballyconnell à Bailieborough sur un terrain proche de Cavan fin 1886. Les joueurs de Bailieborough se chargeaient d'acheminer les buts à l'aide de chevaux et de remorques et le match fut joué en dépit des avertissements de la police sur la violation du Lord's Day's Observance Act de 1695, un acte de loi stipulant qu'aucun match de hurling, de football, de rencontres de lutte ou de cudgel (sorte d'escrime au bâton) ou tout autre passe-temps ou jeux, ne devait se tenir le jour du seigneur.
Aucun club ne fut aligné lors du premier championnat en 1887, mais en 1888 le comté était suffisamment bien organisé pour présenter une équipe.
La finale devant désigner le club appelé à représenter le comté en championship  opposa le Ballyconnell First Ulsters aux Maghera MacFinns le 30 avril 1888 sur un terrain des environs de Cavan town. Ballyconnell était donné largement favori et loué dans la presse locale pour sa qualité de jeu et son style.
Maghera est resté dans les mémoires pour d'autres raisons. Des années plus tard, le célèbre éditeur de la revue Anglo-Celt, John F.Hanlon, se rappelait avoir assisté à ce match étant enfant: "Je me souviens bien de cette équipe de Maghera, vingt et un gars bien charpentés et surtout, portant tous de longues barbes. La barbe était plutôt à la mode à l'époque mais portée avec un maillot de football, cela donnait à une équipe un aspect assez effrayant, féroce!"
Mené par des garçons comme John Duffy, Tom Clarke ou encore Andy Cumiskey, Maghera remporta à la surprise générale ce premier championnat de Cavan 1-04 à 0-01. Toutefois ce titre ne marqua pas pour autant le début d'une campagne victorieuse en Ulster; Maghera fut battu en finale provinciale par Inishkeen Grattans (co.Monaghan), une équipe au jeu trop savant et précis pour un Maghera, certes puissant mais limité tactiquement.
Dans son excellente "histoire de la GAA à Cavan", Daniel Gallogly relève qu'à la fin 1888, la GAA était en plein essor dans tout le comté au point que l'on y comptait trente huit clubs existants. Des rapports de police suggèrent qu'une grande majorité des officiels de la GAA appartenaient alors à l'IRB  (Irish Republican Brotherhood). Cela semble possible mais très surévalué lorsqu'on sait que les rapports d'espionnage de la police royale irlandaise concernant l'IRB dans tout le pays était assez inégaux et souvent remplis de conjectures fantaisistes et d'exagérations.
D'autres notes rapportent encore que durant les années 1890, les ribbonsmen (une société secrète d'essence paysanne responsable d'agitations violentes dans les campagnes) tenaient également un rôle non négligeable dans l'association et entrant possiblement en concurence avec l'IRB,  utilisant les matchs comme occasion de règlement de compte entre factions rivales. Cela pouvant expliquer, selon les services de police, le si grand nombre de bagarres lors des matchs entre 1888 et 1890 et pourquoi il était aussi délicat de les contrôler.
L'incapacité à contrôler ces excès- et en fait à contrôler la GAA elle même - devait conduire l'église catholique à modérer  son soutien à l'association, voir même à la réprouver publiquement 
À Cavan, le board est littéralement en morceaux à l'hiver 1889-90, le championnat du comté purement et simplement annulé et Cavan suspendu des compétitions inter-comtés.
Assez étonnement,  c'est dans ce contexte à priori peu propice que Cavan remporte, l'année suivante, son premier titre en Ulster.
Terence Fitzpatrick, dirigeant local de l'IRB mais aussi membre du club des Cavan Slashers, s'engagea dans une réforme de fond du board et parvint à organiser une rencontre entre les Slashers et Ballyconnell dans ce que l'on pourrait assimiler à une sorte d'inauguration du nouveau championnat local. Les Slashers s'imposèrent et (en tant que représentant de Cavan) dominèrent les Harps d'Armagh à Smithborough en finale de l'Ulster. Pour réaliser à quel point ces années étaient encore une période de formation pour la GAA, il convient de se souvenir que ce sont les joueurs des Cavan Slashers eux même qui durent élever les poteaux et tirer une corde entre eux pour faire office de barre transversale.
Il faudra attendre le début du 20ème siècle pour voir la GAA véritablement remise sur pieds à Cavan. D'anciens éléments des Slashers comme Andy McEntee, se trouvèrent aux avant-postes de cette entreprise.
Le rôle primordial de McEntee, qui fut également chroniqueur pour l'Anglo-Celt et président du board de Cavan de 1912 à 1920, est d'ailleurs rappelé dans une très belle et très riche collection d'articles intitulée Memories of the Lifetime in Journalism in Cavan.
Un match du championnat d'Ulster 1905 disputé sur le terrain du County Cavan Agricultural Show Society, offre un parfait exemple de l'aspect tragi-comique que pouvait parfois revêtir certaines rencontres. Cavan s'imposa face à Antrim  (0-05 à 0-02), mais ces derniers déposerent des réserves car, en cours de match- et entre autre griefs- un vendeur à la sauvette était venu se planter devant le gardien de but d'Antrim pour tenter de lui vendre...des oranges.
La requête n'aboutira pas et Cavan remportera le titre en Ulster avant de s'incliner en demi-finale du All-Ireland contre Kildare (0-08/0-00).
Le titre remporté cette année là était le dernier d'une série de trois consécutifs.
Cette domination de Cavan sur la province va se prolonger sur cinq décennies, des années vingt aux années soixante.
Les années 1920 verront Cavan moissonner les titres avec 7 trophées durant cette période, puis huit autres dans les années 1930 et encore neuf dans les années 1940!  Une prééminence quasi sans partage puisque entre le début du premier conflit mondial et la fin de la seconde guerre mondiale, seul Monaghan (à neuf reprises) parviendra à priver Cavan de titre en Ulster.
Le déclin intervient dans les années 1950 avec "seulement" trois titres puis quatre dans les années 1960, un déclin très relatif donc et à poser en relief avec l'empire absolu des précédentes décades.
La riche scène des clubs dans ce comté est certainement l'un des points centraux dans cette tradition de succès. Une scène dont Cornafean et Mullahoran seront les puissances dominantes dans un contexte local pourtant relevé.
Ces deux clubs ont hébergé des légendes du jeu. Parmi les joueurs talentueux à avoir porté le maillot de Cornafean, Packie Masterson, qui joua pour cette équipe de 1910 à 1947, y laissant incontestablement une empreinte indélébile.
Pour avoir une idée de la puissance que pouvait représenter Cornafean, il suffit de constater que même si le club n'a plus remporté le moindre titre local depuis 1956, il n'en demeure pas moins, et d'assez loin, le plus titré du comté avec 20 titres en seniors.
La construction du Breffni Park en 1923 fut un moment important de l'histoire des sports gaéliques dans le comté. La planification  du projet, l'achat du terrain, le rassemblement de fonds, sont révélateurs d'une approche du football qui a rendu le comté aussi riche en titres.
Mais les victoires à répétition en Ulster ne se sont pas immédiatement traduites en succès au niveau national. Cavan dût même subir une série de revers crève coeur, comme celui contre Kerry en demi-finale du All-Ireland 1925 jouée à Tralee. L'Anglo-Celt rappelle que plusieurs cars de supporters firent ce jour là le long trajet vers le sud: "un modèle T qui avait quitté Cavan à cinq heures du matin est arrivé moins d'une heure avant le coup d'envoi...La traversée de l'atlantique par Charles Lindbergh était une partie de plaisir comparée au périple que connurent certains dans leur route vers Tralee".
À l'issue d'un terrible mano à mano et d'un véritable match de ping pong,  Cavan s'inclina d'un petit point.
Plus frustrante encore fut une autre défaite d'un point concédée en finale du All-Ireland 1928 face à Kildare à Croke Park et qui vit pour la première fois remise la Sam Maguire Cup au vainqueur.
En 1933, Kerry débarquait au Breffni Park avec l'une des plus belles équipes de son histoire, composée d'éléments tels que Dan O'Keefe ou encore les frères Landers en quête d'un cinquième All-Ireland consécutif, un exploit sans précédent.
Cavan toucha enfin au but, et grâce notamment à un but signé Vincent McGovern, réussi l'exploit de faire  tomber le Kingdom à l'issue d'un vrai sommet de jeu, Cavan était en finale nationale pour la première fois de son histoire.
À la mi-temps de la finale contre Galway, un groupe d'individus s'empara du micro du commentateur de la station 2RN,  Éamonn de Barra, pour appeler à la libération des prisonniers républicains grévistes de la faim.
Un fait anecdotique qui reste dans les mémoires plus que la finale en elle même, mais pour Cavan, seule la victoire fut belle (2-05/1-04).
Pour Jim Smith, attaquant star et capitaine de l'équipe, la victoire sur Galway marque une véritable apogée. "J'ai réalisé le rêve de ma vie, après quatorze années de combat, j'ai ce que je voulais, enfin!".
Cette victoire en All-Ireland ouvra la voie à d'autres succès. Cavan, ultra dominateur en Ulster était amené à disputer une demi-finale de All-Ireland deux années sur trois.
En plus de celui de 1933, Cavan remportera quatre autre Sam Maguire Cup supplémentaires en 1935, 1947, 1948 et la dernière en date en 1952, remportée en replay contre Meath.
Au milieu du 20ème siècle, Cavan est donc bien une véritable place forte du football, considéré comme le dauphin attitré de Kerry.
Un tel résultat peut être regardé comme une sorte de petit miracle car après tout,  la population du comté était relativement faible- on recensait 80.000 habitants dans le Cavan à l'époque du premier titre en All-Ireland- un chiffre chutant même encore durant les années triomphantes.
Décennie après décennie, l'exode dans ce comté très agricole semblait inexorable, au point que, d'une population de 240.000 habitants à la veille de la grande famine, il ne demeurait plus que 54.000 habitants en 1966. D'autre part, l'existence de la frontière séparant le nord du sud faisait de Cavan une sorte d'enclave et de cul de sac géographique, ce d'autant plus que le comté était totalement dépourvu de lignes de chemin de fer pour le transport de passagers depuis 1947 et la pénurie de charbon amenant l'état a supprimer les lignes les moins rentables, une conjonction de handicaps contribuant ainsi à plomber d'avantage son développement économique.
Au sein de la diaspora irlandaise, les hommes et femmes originaires de Cavan prennent une part importante, ce qui faisait présenter chaque succès des Breffni's comme un événement à la  portée internationale.

Kerry - Cavan au Polo Grounds de NY

C'est en partie pour cette raison que la finale disputée au Polo Grounds de New York en 1947 fut  une sorte de point d'orgue pour Cavan et pour cette génération dorée ayant à moment remporté neuf championnats d'Ulster et disputé quatre All-Ireland - célébrée pour son jeu offensif alléchant , son jeu de passe à la main tranchant et le talent de garçons comme Simon Deignan, Peter Donohoe, les frères O'Reilly, "gunner" Brady ou Mick Higgins- même si elle n'avait pas gagné cette fameuse finale, elle serait tout de même restée dans les coeurs et les esprits, toutefois l'aspect romantique de cette équipe et son épopée, relatée par la voix crépitante d'un Michael O'Hehir écouté par les ondes et par delà l'atlantique par tout le peuple de Cavan rassemblé derrière les émetteurs ont fait de ces moments d'authentiques morecaux d'histoire de la GAA.
Au coup de sifflet final, toutes les portes du comté s'ouvraient comme une seule, la rue était prise d'assaut,  des feux allumés et autour, des enfants et leurs parents chantant des ballades locales.

Les années qui suivirent le cinquième titre de 1952 furent celle du lent déclin, national d'abord puis dans le courant de la décennie 1970 la puissance traditionnelle en Ulster finit par s'étioler de mêmePourquoi une telle extinction? L'historien de la GAA locale, Daniel Gallogly relève que le déni de ce déclin combiné à une nostalgie permanente et malsaine eurent un effet désastreux, Cavan étant petit à petit surpassé par une concurence plus réactive sur la formation et la structuration des catégories d'âges inférieurs.
La chute de la démographie se poursuivant, contrairement aux comtés voisin dans lesquels ont constata un accroissement de la population après 1961. Un développement industriel au point mort et de trop faibles investissements dans un comté trop dépendant du secteur primaire finirent par creuser un fossé profond.
Côté clubs, les progrès restèrent limités et aucun club du comté de Cavan n'a jamais remporté le championnat d'Ulster depuis sa création en 1968, quatre clubs se brisant les dents en finale (le dernier en date étant Bailieborough en 1995).
Le comté ne remporta plus le moindre titre provincial inter-comté entre1970 et 1996.
On assista néanmoins à une brève renaissance au milieu des années 1990, avec une défaite contre Tyrone (0-10 à 2-13) en finale de l'Ulster 1995 suivi par une victoire sur Derry deux ans plus tard grâce notamment à un but tardif signé Jason Reilly.
Si la demi-finale du All-Ireland contre Kerry raviva les souvenirs et la nostalgie de la mythique finale disputée tout juste cinquante ans auparavant, le miracle ne se produira pas et Kerry s'imposera de sept points.
La montée en puissance de Tyrone et d'Armagh relègua Cavan au rang de faire valoir puis avec la montée en puissance de la province dans le courant des années 2000, Cavan sera même réduit à l'état de quantité négligeable. Les récents résultats en catégories jeunes- notamment avec les U21 quadruple champions d'Ulster entre 2011 et 2014 (sous la coupe de l'actuel coach des seniors, Terry Hyland) et finaliste du All-Ireland 2011 ou chez les juniors avec un titre décroché en 2014- suggèrent un renouveau possible, une lumière entrevue avec un retour en Division 2 de la ligue nationale qui constitue une sorte de thermomètre et surtout un quart de finale de All-Ireland en 2013 peuvent susciter de réels espoirs.

mardi 18 août 2015

Carlow - (Ceatharlach)



Nous sommes en Août 1944,  il faut compter une bonne demi-journée de voyage pour accomplir les 80km séparant de Dublin.

Le petit groupe quitte Carlow ce samedi après midi de mois d'août, les vélos mettent le cap sur Dublin, via le Wicklow, traversant Tullow, Rathvilly, Blessington. C'est seulement lorsqu'ils atteignent Tallaght dans la banlieue sud ouest de la capitale qu'ils posent pour la première fois le pied à terre. La petite troupe pousse les portes d'un pub, il est huit heure du soir et les gars, fourbus et affamés décident de passer la nuit dans l'établissement.
Le lendemain, une fois la messe dite, le groupe est gonflé à bloc et entame l'ultime partie du trajet.
"Ce voyage nous a fortifiés". L'un des participants au voyage raconta plus tard "nous, on se sentait invincibles depuis la veille et surtout gonflés à bloc pour soutenir Carlow!".
L'équipe championne du L

En matière de football gaélique, en plus d'être rare, il faut avouer que l'occasion de supporter Carlow à ce niveau de compétition et à cette période de l'année était carrément sans précédent. Nous étions en 1944, Paris se libèrait à peine et les coqs de combat était qualifiés pour leur toute première demi-finale de All-Ireland.
Si le match s'acheva sur une défaite pour Carlow, l'histoire était écrite. Quelques semaines auparavant, les footballeurs du comté avaient brillamment défait Dublin en finale du Leinster à Athy (Dublin étant trop exposé au bombardements), une victoire qui déclencha une vague d'émotion et d'intérêt à travers tout le pays. À Carlow town même, des feux furent allumés aux quatre coins de la ville et des rassemblements festifs s'organisèrent spontanément. Le nationalist and Leinster Times rapporte ces scènes de joie, on sorti les gramophones, les accordéons et l'on dansa autour des feux jusque tard dans la nuit.
Même si le titre de champion du Leinster 1944 est une grande première, il ne vient pas de nulle part, ne sort pas du néant,  tant depuis quelques saisons, Carlow s'est imposé comme un client solide et régulier dans la province.
C'est durant cette période de crise, de rationnement de nourriture et de fuel due au conflit mondial, que le comté dispute trois finales provinciales en quatre saisons. Deux de ces finales furent perdues en jouant de malchance et après d'importantes controverses. Après avoir atteint pour la première fois une finale provinciale en 1941, l'équipe de Carlow fut frappé par une épidémie de fièvre aphteuse et ainsi contraint au confinement. Lorsque décision fut prise de re-programmer la finale en novembre, les enjeux agricoles et industriels prirent cette fois le pas sur les enjeux sportifs. La préparation d'une grande partie de l'effectif fut en effet interrompue par la récolte des betteraves pour la sucrerie locale, grand pourvoyeur d'emplois depuis 1926.
Carlow revint la saison suivante pour disputer la finale de l'édition 1942 du championnat du Leinster. Mais une fois encore Dublin pris le dessus.
Carlow interrogea alors l'éligibilité de certains joueurs adverses, pointant du doigt une violation du bannissement de ces derniers pour avoir "assisté à des sports étrangers". La requête fut balayée par le président de la GAA, Seamus Gardiner, qui nia les preuves apportée par un témoin ayant vu des joueurs de Dublin pénétrer dans un stade de rugby, sur la base que ce dernier n'était pas membre du comité de vigilance (une section secrète de la GAA, alors chargée de s'enquérir de la façon dont les membres profitaient de leur temps libre). Une démarche évidemment très intéressée de la part des instances du Carlow GAA, mais inconsciente du danger que cela pouvait causer à certains petits clubs forcés de composer pour utiliser des terrains appartenant à des clubs pratiquant d'autres sports.
Pourtant, au delà de cet aspect, on constate que pour certains, comme le président du Carlow GAA, Thomas Ryan, la règle instaure une distinction aussi claire que légitime entre les sports gaéliques et les sports étrangers "le code vise à la justice morale entre chaque homme, à l'égalité et au droit pour le droit, et ce, quels que soient les conséquences, voilà la différence de nature profonde avec les sports étrangers joués par appât du gain. D'où le bannissement".
L'attitude vis à vis du bannissement évolua à différentes vitesses selon les comtés, et le vent du changement fut peut être plus fort dans le Carlow qu'ailleurs: plus de dix ans avant l'abolition du bannissement en 1971, Carlow fut ainsi le premier comté a demander le retrait de la motion cloisonnant les sports gaéliques et étrangers. Un délégué déclarant simplement "au final, ça n'aura strictement servi à rien".
Cette prise de position révèlait en tout cas la confiance qui habitait désormais la GAA concernant la place que les jeux gaéliques occupaient dans la culture sportive locale. Cela n'était  pas un mince exploit en effet, sachant qu'à Carlow, comme ailleurs,  la GAA était arrivée assez tardivement en ce qui concerne l'organisation de compétitions.
La création des premiers clubs de sports (soccer, rugby ou cricket) est antérieur parfois d'une décennie avant la fondation de la GAA et remonte à une période où la structure sociale du comté est encore largement agricole et sujète à de profonds bouleversements.
Durant la seconde moitié du 19ème  siècle, les effets tragiques de la grande famine sont partout visibles. Pour commencer, la population du comté - la deuxième la plus faible du pays démographiquement- est partie en chute libre: entre 1841 et 1881, la mort et l'émigration combinées réduisent le nombre d'habitants de près de moitié: la population chutant de 86.228 à 46.588.
Parmi les survivants restés au pays, un certain Colonel Horace Rochfort of Glogrennane, propriétaire de vastes étendues dans tout le comté et figure majeure du développement sportif initial à Carlow.
Colonel Horace Rochfort 

La passion de Rochfort pour le sport était assez éclectique et son talent d'organisateur phénoménal: il fonda le Carlow Cricket Club, mais également le Carlow Polo Club et le Carlow Rugby Club.
L'origine de tout ces clubs est antérieur à la création de la GAA et font appel essentiellement aux fermiers protestants ainsi qu'à la classe marchande protestante, avant de s'ouvrir progressivement à un nombre plus important de catholiques.
Voilà le contexte dans lequel émerge la GAA à la fin du 19ème siècle. L'association offrait quelque chose de différent par rapport à ces clubs déjà établis, ouvrant bien souvent la pratique du sport à de nouvelles classes sociales, petits fermiers et ouvriers nationalistes. Malgré cela, le développement de l'association dans le comté est moins spectaculaire que dans d'autres. Il faut attendre 1888 avant que ne soit tenu le premier conseil et mars 1889 pour assister au premier match de championnat du comté entre Carlow et Donore à Ballybar, sur un site réputé de course de chevaux. Au cours des décennies suivantes, et plus encore que dans le reste du pays, la croissance des jeux gaéliques est entravée par la chute de Parnell (voire affaire Kitty O'Shea) et une administration locale défaillante. Une réalité cruellement mis en lumière par la tenue de seulement neuf conventions en l'espace de vingt et un ans entre 1898 et 1919.
Nonobstant ces faiblesses administratives, on enregistre de nouvelles fondations de clubs et des matchs continuent à se tenir. Parmi ces clubs, celui de Graiguecullen fait figure d'exception et d'étrangeté, non originaire du comté mais intégré tardivement à celui ci. Fondé en tant que Graigue Young en 1886, le club concourait dans le comté de Laois jusqu'en 1904 et un changement de limites administratives dans les frontières des comtés. Le club, désormais connues sous le nom de Carlow Graigue, domina les sports gaéliques dans le comté jusqu'au milieu des années 1920 lorsque une gigantesque bataille rangée entre joueurs et spectateurs à l'occasion d'une finale de comté provoqua la suspension du club par le comté de Carlow et son retour illico à Laois.
Le départ de Graigue priva certes Carlow de son club le plus puissant mais on constata malgré tout des progrès significatifs à plusieurs niveaux. Les seniors disputèrent la finale du championnat de football du Leinster en 1934. Un nouveau terrain baptisé du nom de Matthew Cullen, un évêque récemment décédé et très pro-GAA, vit le jour en 1936. La même année, une ligue pour les écoles rurales fut créé. Pris dans leur ensemble, ces développements conséquents sur et hors des terrains expliquent grandement l'émergence d'une équipe senior compétitive dans les années 1940.
Les qualifications en série pour ces finales du Leinster durant la décennie 1940 entretinrent une dynamique et générerent un immense engouement dans la population. Cette période mit également en évidence la nette ascendance prise par le football. Le hurling existait, mais se montrait plus lent à émerger, mis à part peut être dans le sud du comté, limitrophes de terres traditionnelles de hurling comme Kilkenny et Wexford. Dans de telles conditions ( concurrence du football et proximité de puissants voisins), le hurling à Carlow ne dut sa survie qu'à la passion de quelques uns, soutenu à bout de bras par les efforts d'un très petit nombre de clubs.
On y comptait sept clubs de hurling en 2013.
Depuis le début du 21ème siècle, l'attention placée sur la formation semble porter quelques fruits et, du niveau senior aux catégories de jeunes, les indicateurs se redressent et le niveau du hurling à Carlow va en progressant: les minors sont même parvenus à disputer une finale provinciale en 2006, tandis que les seniors remportaient deux Christy Ring Cup (sorte de seconde division du All-Ireland). Partant d'une base aussi modeste, de tels résultats sont véritablement remarquables, même si les effets sont pour l'heure plus psychologiques que sportifs.
Un officiel du board constatait en 2010 "Ils [les joueurs] commencent a réaliser et à croire que c'est un honneur, une question de fierté, de porter ces couleurs, que porter les couleurs de Carlow est aussi significatif que porter les couleurs d'un autre comté, c'est déjà énorme".
La capacité à étendre la base du hurling nécessitera un effort de recrutement parmi les jeunes vivant à la ville, ou aux abords immédiats de son agglomération.
La raison est simple: en dépit de son aspect encore très rural, Carlow voit se développer une société de plus en plus urbaine et se concentrant de façon  toujours plus importante autour de la capitale du comté. Ceci résultant de la rapide expansion de la population connue par le comté du milieu des années 1990 au milieu des années 2000 (période dite du Celtic tiger), la ville de Carlow et son aire urbaine représentant alors plus de 40% de la population totale du comté.
Ce bouleversement d'ordre sociologique et démographique pose des questions majeures à la GAA à Carlow, moins en terme de taux de participation, d'infrastructures ou de de géographie du développement des clubs que sur les sports en eux mêmes, le développement de la ville de Carlow étant de nature à accroître d'avantage encore l'écart entre football gaélique et hurling. La ville est déjà largement dominée par le football et abrite deux clubs- Éire Óg et O'Hanranhan's- dominant la scène locale depuis la fin des années 1950, et qui, au travers de leurs récents bons résultats dans les All-Ireland de clubs, ont imposé  un modèle auquel aspire l'équipe du comté. Dans les années 1990, Éire Óg connut une réputation grandissante au niveau provincial, remportant les cinq finales du Leinster qu'ils disputa. À Carlow town, jamais le hurling n'a approché de tels résultats.
Pour l'anecdote et pour l'information des cinéphiles, l'équipe de Éire Óg apparait dans le film de Neil Jordan, Michael Collins, ou elle joue le rôle de celle de Tipperary dans la fameuse scène du bloody Sunday de Croke Park (Le club de Kilmacud Crokes incarnant Dublin).
Les défis auxquels est confrontée la GAA à Carlow sont comme on l'a vu, multiples et profonds, et sa capacité à les relever  déterminera sa faculté à demeurer un pilier essentiel de la vie du comté.