All-Ireland 2018

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samedi 25 février 2017

Congrès de la GAA, l'année des révolutions!

On peut sans exagérer parler de révolution dans la très conservatrice GAA. Le congrès réuni à Croke Park en cette fin de semaine, vient en effet d'adopter plusieurs changements de taille.


Adoption du "super 8"

Le plus significatif est sans conteste l'adoption de la motion dite, du "super 8" à compter du All Ireland 2018 et sur une base expérimentale de trois saisons.
Le nouveau format de compétition consiste en l'introduction d'un "round robin" à partir des quarts de finale du championship. Les huits équipes qualifiées seront placées dans deux groupes où chaque équipe affrontera une fois les trois autres. Les deux premiers de chaque groupe se qualifieront pour les demis-finale. Ces dernières se jouant sur le mode classique de l'élimination sèche sur un match.
Il est à noter que chaque formation jouera un match à domicile, un à l'extérieur et un troisième à Croke Park (autant dire deux à domicile pour Dublin...).
La proposition de Laois de faire disputer une phase de groupes aux 16 équipes disputant le premier tour des qualifications n'a en revanche reçu que 25% d'approbation et n'est donc pas adoptée.

La répartition des comtés pour la première saison se fera comme suit:


  • Groupe 1 Champion du Munster, Champion du Connacht, Finaliste de l'Ulster ou l'équipe qui l'aura battu lors du 4ème tour de qualifications, Finaliste du Leinster ou l'équipe qui l'aura battu lors du 4ème tour de qualifications
  • Groupe 2 Champion du Leinster, Champion d'Ulster, Finaliste du Munster ou l'équipe qui l'aura battu lors du 4ème tour de qualifications, Finaliste du Connacht ou l'équipe qui l'aura battu lors du 4ème tour de qualifications.
Pour se faire une petite idée du rendu, si l'on appliquait cette formule à l'édition 2016 du All-Ireland, cela donnerait:

 Groupe 1           Groupe 2
 Kerry                  Dublin
Galway                Tyrone
Donegal               Tipperary
Mayo                    Clare

Le moins que l'on puisse dire est que cette motion n'a pas provoqué, loin s'en faut, une belle unanimité, et la GPA (association des joueurs) fut en première ligne de l'opposition au projet avec Cork GAA.
Parmi les soutiens, on compte  Kerry, Meath, Cavan, Galway, Donegal, Mayo, Monaghan et l'ancien président de la GAA, Sean Kelly.

 


 Les finales du All Ireland de football et de Hurling...au mois d'aout!



Il s'agit là d'une modification historique du calendrier, les finales des All-Ireland de football et de Hurling se tiendront en effet au mois d'août, à compter là aussi de la saison 2018, et ce en lieu et place (pour le football) du traditionnel troisième dimanche de septembre. Une grande première depuis...1903!
Ainsi, et même si le calendrier officiel n'est pas encore connu, on peut dors et déjà penser que la finale du All-Ireland 2018 de hurling se jouera le 13 aout, et celle de football le 27 aout.
 Le but avoué est de laisser plus de place dans le calendrier aux championnats de clubs dans les comtés.


Plus de prolongations, moins de replays

La motion 6 a également été adoptée, et très largement (à 91%). Ce qui signifie que désormais, seules les finales provinciales et celle du All-Ireland pourront, en cas d'égalité à la fin du temps règlementaire, donner lieu à des replay. Dans tout les autres cas, on disputera des prolongations.




samedi 15 août 2015

Armagh (Ard Mhacha)

Kieran McGeeney 
Ce jour là, la pelouse de Croke Park est repeinte en orange. Des tribunes et des virages descendent les acclamations et les cris de bonheur de milliers de fans d'Armagh. On chante,  on danse, on s'étreint. Au moment où Kieran McGeeney soulève la Sam Maguire Cup, les larmes envahissent les visages des joueurs et des supporters.
En ce dimanche de septembre 2002, les rêves brisés des précédentes visites à Croke Park ne sont plus qu'un lointain souvenir évaporé dans l'air de Dublin. Et le fait que Kerry soit le L'adversaire vaincu apporte encore plus de valeur à cette victoire, la première pour Armagh dans une finale de All-Ireland.


En dépit du fait que des matchs de football fussent disputés sous l'égide de la GAA depuis 1886 et que la board d'Armagh ait été fondé le 24 mars 1889, le développement de ce sport va rencontrer de nombreuses oppositions. À commencer par celle du clergé catholique, pour partie en raison du fait que les matchs soient joués le dimanche, jour du seigneur, mais aussi en raison de la crainte exprimée par l'Église que l'association soit un repère d'activistes républicains.
Des récriminations qui portent, car Armagh se trouve être le coeur religieux historique de l'île et son archevêque le primat d'Irlande puisque le premier d'entre eux ne fut autre que St.Patrick lui même.
Mgr.Michael Logue

Le cardinal Logue par exemple, alerte sur l'effet démobilisateur de la GAA, tandis qu'un prêtre d'une paroisse locale fustige en avril 1889 à l'occasion d'une assemblée de la fraternité de la sainte famille à la cathédrale d'Armagh, la chute notable des affluences lors de l'office dominicale en raison de "la pernicieuse habitude de jouer ou d'assister aux rencontres du dimanche".
Ce même prêtre condamne encore l'ivrognerie et les disputes parfois violentes entourant régulièrement ces rendez-vous, poursuivant dans ces termes "le diable avait trouvé refuge parmi ces sociétés secrètes que sont le "fenianism" et le "ribbonism" (des groupes ayant choisi l'option de la violence et de la lutte armée contre le colon britannique), mais après que ces détestables sociétés furent condamnées et mis au ban par l'Église, le diable inventa ce satané jeu du dimanche qui, selon ses plans, provoque tant de dommages.
Il faut reconnaître que ces accusations ne sont pas dénuées de fondements car, après tout, le premier président du board d'Armagh n'était autre que Charles Cowan, chef de la fraternité républicaine irlandaise pour la province d'Ulster et membre du conseil supérieur de l'organisation au niveau national.
Mais si la politique n'était pas détachée du développement récent de la GAA à Armagh, elle ne prenait pas le pas sur l'importance qu'avait acquis le jeu en lui même au sein de la population.
En 1890, Armagh représenté par le club champion du comté, les harps d'Armagh, remporte le deuxième championnat d'Ulster auquel ne participe que les équipes d'Antrim et de Tyrone.
Après avoir aisément pris le dessus sur leurs adversaires en Ulster, les harps se voit désigner comme adversaire le club de Midleton, représentant le comté de Cork en demi-finale du All-Ireland au Clonturk Park de Dublin le 16 novembre 1890. Plus de 250 supporters font le voyage pour aller soutenir les leurs dans la capitale, accompagnés tout au long du voyage par le William O'Brien fife & drum band. Mais le joyeux carnaval prend fin dès les premières minutes de la rencontre, Armagh est balayé 0-0 à 1-14! Non seulement le champion d'Ulster n'inscrit pas le moindre point mais il ne parvient que très épisodiquement à porter le ballon dans la moitié de terrain adverse.
Ce naufrage deviendra d'ailleurs un thème de conversation récurent chez les footballeurs du comté durant plusieurs générations.
Comme dans la plupart des autres comtés, l'activité de la GAA s'effondre dans le courant de la décennie 1890. Et comme dans le reste du pays, les conséquences sur l'association de la chute de Charles Parnell ainsi que les divisions politiques internes pèseront de tout leur poids.
Cette perte d'influence de la GAA résulte aussi de la stagnation économique et de l'impact de l'émigration dans le comté.
Entre 1881 et 1901, Armagh perd 39.391 habitants. Une hémorragie qui touche en premier lieu les jeunes hommes en âge de pratiquer les sports gaéliques.
On assiste alors à une gigantesque régénération par la base et la jeunesse, et il faudra une bonne douzaine d'années et une refondation complète du board pour assister à une véritable renaissance.
Durant cette période de transition, Armagh  continue toutefois d'être représenté par une équipe dans les compétitions inter-comtés, et après une défaite en finale en 1901, c'est un deuxième sacre en Ulster l'année suivante. Cette même saison, plus de 400 personnes font le voyage pour Drogheda ou leurs favoris doivent affronter Dublin, championnat  du Leinster, en demi-finale du All-Ireland. Une nouvelle fois, Armagh est facilement dominé, et la défaite est attribuée pour une bonne part...à un gazon trop haut, entravant leur jeu de dribble typique et leur style plus calqué sur le soccer. Cette appétence à remonter patiemment le ballon sans systématiquement sauter les lignes semble avoir perduré à Armagh bien plus longtemps que dans la plupart des comtés; l'une des autres caractéristiques du jeu d'Armagh réside dans un style dit du "ballon dansant" et consistant à faire rebondir la balle sur le dessus de la main. Une tradition qui, selon Con Short, historien attiré de la GAA à Armagh se perpétua jusque dans le courant des années 1920.
Les décennies suivantes furent marquées par l'une des plus terribles séries d'échec dans l'histoire de la GAA. En 1950, Armagh comptait douze défaites en finales provinciales (dont huit concédées contre le seul Cavan), et aucun titre à son actif.
Les tensions politiques propres à tout l'Ulster n'épargne pas Armagh. En 1910, le club de Lurgan Davitts est contraint de disputer ses rencontres dans les comtés de Down et Antrim plus au nord (région de Belfast) en raison des risques possibles lors des traversées de zones à risques dans le nord du comté d'Armagh. En octobre de cette même année, le club de Castleblayney Faughs dut essuyer des jets de pierres au retour d'un match aux alentours de la ville de Newtonhamilton.
L'identification de la GAA au mouvement nationaliste est encore plus évidente dans le comté d'Armagh. Frank Aiken, acteur majeur de la guerre d'indépendance et futur membre du gouvernement sous l'étiquette du fianna fáil avait pratiqué le football gaélique avec le club de Camlough et jouira toujours d'une grande popularité dans les cercles de la GAA.
Bien des années plus tard, lorsque le président De Valera avoua à l'ambassadeur britannique en Irlande, sir Andrew Gilchrist,  "préférer le rugby au football gaélique, car ce dernier n'étant qu'un agrégat d'autres sports pas d'avantage propres à l'Irlande", M.Aiken y alla de sa tirade "non monsieur l'ambassadeur, le football gaélique n'est pas un agrégat de sports, c'est un jeu vieux de plusieurs siècles et surtout c'est un jeu splendide".



L'instauration après le traité anglo-irlandais de 1922 de la frontière entre l'état libre (puis la république à partir de 1948) et l'Irlande du Nord provoquera de nombreux désordres dans l'organisation des matchs et des compétitions pour certains clubs du sud du comté,  et notamment pour le plus fameux d'entre eux , Crossmaglen Rangers dont l'arrière pays naturel courrait jusqu'à Dundalk ou Castleblayney (comté de Louth en république d'Irlande). L'établissement d'une sorte de zone tampon frontalière rendait les déplacements dans ces zones plus contraignants.
Les conséquences furent un déclin économique du comté, menant à une nouvelle vague d'émigration et une nouvelle chute drastique du nombre de clubs affiliés à la GAA. Des sociétés autrefois prospères comme la McConville mill and Bakery durent aussi mettre la clef sous la porte. En dépit de cette conjoncture défavorable, les Crossmaglen Rangers enregistreront des succès notables, remportant 5 titres consécutifs de champion du comté dans les années 1920. Un autre club tire son épingle du jeu, Armagh young irelands, qui interrompt l'hégémonie des rangers en remportant 5 titres en sept ans et en fournissant l'une des plus grandes vedettes de cette période,  "big" Jim McCullough. Ce dernier remportera au total 7 titres de champion d'Armagh et représentera l'Ulster durant plus d'une décennie dans la défunte railway cup (compétition inter-province) dans les années 1940.
Durant la fameuse série de défaite, celle concédée en 1938 reste probablement comme la pire de toutes. Après avoir pris le meilleur sur sa bête noir, Cavan, en demi-finale du championnat d'Ulster, Armagh s'incline de trois points en finale contre Monaghan et l'arbitre, M Hughie O'Reilly, lui même joueur de...Cavan doit fuir le stade sous escorte.
Le comté enregistra toutefois un premier succès au niveau national puisque le St.Patrick's College d'Armagh remporta la Hogan Cup (compétition inter-lycées de référence) en 1946 aux dépends de St.Jarlath's (lycée de Galway).
En 1948, les juniors s'inclinent d'une courte tête en finale du All-Ireland de la catégorie face à Dublin. L'année suivante, les minors parviennent eux à décrocher la timbale en battant Kerry en finale. Le fait marquant de la partie fut le but somptueux inscrit par le capitaine Seán Blayney, slalomant dans la défense adverse depuis le milieu de terrain pour décrocher un tir de près de 20 mètres. Cette victoire fit incontestablement passer un cap décisif au comté tout entier et se répercutera jusqu'au niveau senior.
Plus de 30.000 personnes assistent en 1950 à la victoire de 4 points
d'une jeune équipe d'Armagh sur un Cavan pourtant au fait de sa gloire. Un match somptueux qui fait dire au journal l'Anglo-Celt que "si le football gaélique était toujours pratiqué de cette façon, aucun autre sport collectif au monde ne pourrait lui arriver à la cheville" .
Les espoirs nés de cette belle campagne en Ulster sont pourtant bientôt douchés, car Armagh vient buter sur une grosse équipe de Mayo en demi-finale du All-Ireland.
Il faudra trois ans pour digérer pleinement cet échec et retrouver Croke Park après un nouveau titre en Ulster.

Armagh retrouve Kerry en finale de ce All-Ireland 1953 (vidéo ci dessus), et ils sont plus de 86.000 à s'être massés dans l'enceinte de St.Jone's road, tandis que 3.000 autres doivent rester à l'extérieur de stade et suivre la rencontre grâce aux commentaires radio de Michael O'Hehir. Mais Kerry s'impose de peu et laisse Armagh à ses regrets.
Les désillusions seront légions dans les années qui suivirent et la décennie 1960 fut marquée par des luttes intestines et contre productives entre clubs. La décennie 1970 et au delà verra le comté frappé de plein fouet par les troubles qui secouent la province. Les répercussions sur le bon fonctionnement de la GAA à Armagh sont inévitables et l'un des faits majeurs de cette période reste la réquisition du terrain des Crossmaglen Rangers, utilisé comme air d'atterrissage pour les hélicoptères de la royal air force. Cet épisode devint un parfait symbole de la militarisation du quotidien des habitants. On entend aussi le surnom de "bandit county" (un terme datant de 1975) donné au sud du comté par la secrétaire d'état britannique à  l'Irlande du Nord, Merlyn Rees, cette dernière dénonçant cette zone comme un bastion de l'IRA.
Sur un plan purement footballistique, le fond du trou est probablement touché lorsqu'en 1973, Armagh arrive à Carrick-on-Shannon pour y affronter Leitrim avec...quatorze joueurs, dont deux gardiens.
Les quatre années qui suivent verront la mise en place d'un véritable projet de restructuration ayant pour but affiché d'atteindre de nouveau la finale du All-Ireland.
Si la fin des années 1970 reste dans l'esprit de chacun comme une ère de domination de Dublin et Kerry, la qualification d'Armagh pour la finale 1977 après un cinquième titre de champion d'Ulster reste un triomphe de la détermination, même si il s'achève sur une défaite nette contre le grand Dublin de coach Heffernan (3-06 à 5-12).

Crossmaglen compte également 10 titres de champion d'Ulster des clubs.
Si le club de Clan Na Gael, basé à Lurgan, avait été le premier d'Armagh a disputer une finale de All-Ireland (perdue en replay contre UCD-Dublin, les Rangers peuvent eux se targuer d'avoir connu la consécration nationale à six reprises (la dernière en 2012).
Les Crossmaglen Rangers avant la finale de 2002
Les années 1990 sont la période faste du comté. Les Crossmaglen Rangers entraînés par Joe Kernan passe de formation phare sur le plan local à l'un des clubs les plus titré de l'histoire de football gaélique. Entre 1996 et 2014, les Rangers remportent 18 titres de champion d'Armagh dont 13 consécutifs, soit une domination quasi sans partage sur le comté. Le total (à ce jour) de 42 titres de champion d'Armagh en fait le club le plus récompensé (tout comtés confondus).

Érigée sur une large base de cette équipe de Crossmaglen, Armagh bâti une formation qui va dominer l'Ulster durant près d'une décennie, remportant huit titres de champion provincial entre 1999 et 2008; une performance qui prend tout son sens lorsqu'on se souvient que cette ère fut sans doute la plus compétitive dans l'histoire de ce championnat déjà relevé.


Armagh toucha enfin au but en 2002 grâce notamment à une seconde période mémorable lors de cette finale contre Kerry (1-12/0-14). Même si les déceptions succédèrent aux déceptions lors des championships suivants, Armagh parvint tout de même à décrocher le titre en National Football League (la seconde compétition nationale en ordre d'importance) en 2005. les minors eux conquièrent en 2009 leur second sacre en All-Ireland après celui obtenu 60 ans plus tôt tandis que les U21 connaissaient en 2004 leur premier couronnement national en dominant Mayo.
La place d'Armagh comme place forte du football est donc solidement établie, et la fin du conflit dans le comté et la province semble enfin offrir un réel espoir de pérennisation pour ce troisième siècle d'existence, même si la relève de la génération dorée de la glorieuse décennie se fait encore attendre.

jeudi 6 août 2015

Antrim (Aontroim)


Le 15 août 1969 un régiment de l'armée britannique, le queen's regiment, est déployé dans les rues de Belfast, nom de code "opération etandard".  Depuis plus d'un an, des violences sporadiques secouent Belfast et Derry, opposant les nationalistes irlandais alternativement aux forces paramilitaires loyalistes et à la police.

En avril 1969 le quotidien irish news décrit ces émeutes à répétition comme étant "la vague de violence la plus destructice depuis plus d'un demi siècle".
On assiste alors, mois après mois, à une montée lente mais très perceptible dans l'intensité des affrontements dans la province.
Le déclenchement de la bataille du bogside à Derry  le 12 août 1969 provoque un effet de contagion et les troubles touchent bientôt Belfast. Le 15 août, Londres ordonne un déploiement massif de troupes en Ulster, la police nord irlandaise s'étant montrée impuissante ou bien peu empressée à empêcher les troupes loyalistes d'incendier des centaines de maisons lors des violences touchant principalement le quartier d'Ardoyne, véritable bastion de la révolte catholique et nationaliste.

L'une de ces demeures était celle de Michael Culbert, membre de l'équipe de football des U21 d'Antrim appelée à disputer une demi finale de All Ireland deux semaines seulement après les événements.
L'adversaire d'Antrim pour cette demi-finale est Cork, et un avion de la compagnie Aer Lingus est spécialement affrété par le gouvernement irlandais pour convoyer le groupe à destination. À l'issue d'une rencontre à rebondissements, les joueurs d'Antrim parviennent à laisser derrière eux le tumulte et la violence des troubles pour s'imposer d'une courte tête 3-07/1-12.
Opposé à Roscommon en finale , Antrim réalise encore des prouesses, débutant pourtant dans la douleur, en manque de condition, pour s'imposer une nouvelle fois par le plus petit des écarts 1-08/0-10.
La victoire provoquera des scènes de pur bonheur et au moment où le capitaine Liam Doyle reçut la coupe, on pût entendre retentir le fameux chant de la lutte pour les droits civiques "we shall overcome" repris par les fans des jaunes et blancs.
La réception de l'équipe à son retour à Belfast fut à la hauteur de l'événement, rassemblant les membres de la GAA et  bien au delà, pour un gigantesque céilí (équivalent irlandais du fest noz breton) dans l'enceinte du St.Teresa Hall.
L'année suivante, Antrim s'incline en finale du championnat d'Ulster des moins de 21 ans face au tenant de Derry, les deux comtés semblent alors s'imposer comme les futures puissances de la province mais la dureté du conflit qui secoue toujours plus fort le nord de l'île provoque la dislocation de cette génération pourtant prometteuse et surtout la descente aux enfers du comté, relégué au rang de victime expiatoire dans la province. Durant le quart de siècle qui suit, Antrim ne remportera en effet que quatre petits matchs de championship au niveau senior.
Si la plupart des joueurs de cette génération ne furent pas directement impliqués dans les troubles, certains passèrent tout de même de longues années en prison, d'autres y laissant même la vie.
L'impact de ce conflit durant ces années de plomb sera ravageur sur l'élan pourtant prometteur qui semblait porter cette équipe au potentiel gigantesque, et Antrim retourna alors au vide footballistique.
L'équipe d'Antrim fut la première véritable puissance du football en Ulster au début du 20ème siècle , remportant les titres provinciaux en 1900 et 1901, parvenant même à décrocher six titres de suite entre 1908 et 1913. Par son organisation et son style, Antrim apporte un souffle nouveau en Ulster, même si celui ci n'est pas toujours favorablement accueilli.
Des commentaires acerbes suivent leur victoire en demi finale du championnat d'Ulster 1910 contre Monaghan, le Dundalk democrat critiquant notamment l'équipe d'Antrim pour ses tactiques trop calquées sur celle du soccer au mépris des tactiques traditionnelles et plus conventionnelles de leurs adversaires.
Avant l'émergence d'Antrim, les représentants de la province étaient régulièrement dominés en demi finale du All-Ireland. Après s'être inclinés de peu face à Louth en demi finale du All-Ireland 1909, ils parviennent l'année suivante à atteindre la finale en s'imposant face à Kilkenny qui disputa d'ailleurs à cette occasion sa dernière demi finale nationale en football.
Cette victoire marque un événement de taille puisque c'est là la première fois qu'une équipe d'Ulster se qualifie pour la grande finale nationale.
Cette finale, disputée à St.Jone's road (l'ancien nom de Croke Park), fut certes perdue assez nettement face à Cork (6-06/1-02), mais le simple fait d'avoir atteint ce niveau de compétition pouvait être vécu comme une victoire.
Le président de l'Ulster GAA, Patrick Whelan, saluera d'ailleurs le comté dans un discours aux accents très politique  "Antrim a fait preuve d'une unité et d'une détermination remarquable pour briser les barrières du "West britainism" (une expression au ton péjoratif désignant l'assujettissement à la couronne par une forme de collaboration), si solidement érigée à Belfast pour entraver le gael, les Gaels ont percés les lignes du colon et leurs étandards flottent fièrement sur l'Irlande"
L'année suivante, Antrim revient à nouveau au plus haut niveau. Outsider total contre Kerry en demi-finale, ils s'imposent pourtant avec une étonnante facilité 3-05/0-02. La légende noire veut que les joueurs de Kerry se soient montrés des hôtes très enthousiastes lors d'un mariage la veille du match, mais la vérité réside surtout dans la variété des combinaisons de jeu d'Antrim ainsi que dans leur préparation physique irréprochable  (chose pas nécessairement encore tres répandue à l'époque).
La finale face à Louth sembla longtemps leur sourire, plus encore après le premier but de la partie inscrit à un quart d'heure du terme, mais l'heure du premier sacre pour une formation d'Ulster n'était pas encore venue car Louth devait recoller pour finalement s'imposer de cinq points.
1913 les voit conserver leur titre provinciale mais s'écrouler en demi-finale nationale face à Wexford, puissance montante du football dans cette décennie et sur la voie d'une série de quatre All-Ireland consécutifs.
La traversée du désert sera longue, et durera plus de trente ans, il faudra attendre 1946 pour voir à nouveau le comté remporter le championnat d'Ulster. Antrim met donc cap au sud sur Croke Park avec un certain optimisme et ce, non sans raisons. Leur jeu offensif d'une grande fluidité, basé sur un jeu de passes courtes à la main et des courses en solo à fait merveille jusqu'alors en Ulster, avec un Kevin Armstrong exceptionnel au poste d'avant centre. Cavan en quête d'un huitième titre consécutif en Ulster doit plier à  l'issue d'une superbe finale provinciale disputée à Clones devant plus de 15,000 personnes.
Antrim devenait ainsi le premier comté champion d'Ulster a ramener le trophée dans les frontières de l'Irlande du Nord (depuis la partition du pays en 1922).

Ils sont 30,000 à prendre le chemin de Croke Park pour voir les leurs affronter le monstre Kerry. Dès le départ, Kerry adopte un style ultra physique,  barrant la route aux coureurs en appui comme aux porteurs du ballon. À la radio, le journaliste Michael O'Hehir décrit alors un véritable champ de bataille avec en fond sonore les huées de la foule contre Kerry, ces derniers s'imposant grâce à un but de Batt Garvey en fin de rencontre, laissant un Antrim totalement dévasté.
La fin des années quarante s'avère délicate pour Antrim qui voit Cavan posséder sa plus belle génération et remporter les All-Ireland 1947 et 1948.
En 1951, Antrim renoue avec le succès provincial, mais le retard à l'allumage contre Meath en demi-finale s'avérera fatal et malgré un retour désespéré, ils viennent se fracasser à deux petits points des royals.
Cette échec marque un coup d'arrêt , Antrim n'a pas réussi à toucher le graal même si il est acqui que leur style de jeu a largement contribué à révolutionner le football de cette période. Antrim n'a à ce jour plus jamais remporté de titre provincial, disputant toutefois la finale de l'Ulster en 2009 perdue contre le vainqueur du All-Ireland 2008, Tyrone.
Si les sections football ne brillent plus depuis belle lurette, Antrim demeure incontestablement LA puissance numéro 1 en Ulster en ce qui concerne le hurling.
Seule comté de la province à avoir jamais atteint la finale du All-Ireland, les saffrons monopolisent les titres , avec 56 trophées de champion d'Ulster senior, 24 titres en U21 et 54 en catégorie minor. Aucun comté en Ulster, province quasi exclusivement dédiée au football, ne peut, et de très loin, prétendre à un tel palmarès, Derry et Down qui sont ses dauphins ne comptabilisent que 4 malheureux titres au niveau senior. L'explication vient essentiellement du fait qu'Antrim compte bien plus de clubs de hurling que n'importe quel autre comté dans cette province.
Ce sport y est promu avec ferveur, des Glens à Ballycastle et de Loughgiel à Cushendall en passant par Dunloy, le hurling est de très loin, le sport roi.
Dans les grands bastions du comté, le hurling est traité avec une passion similaire à celle que l'on peut rencontrer dans tout les fiefs traditionnels de ce sport dans le sud de l'île et des clubs de Belfast comme Mitchel's, O'Connell's, O'Donovan's Rossa ou encore St.Gall's
figurent parmi les clubs habitués aux phases finales nationales.
Cette passion est le reflet d'une tradition remontant aux origines de la GAA et à sa fondation en 1884. On sait que des sports avec bâton et balle, formes originelles du hurling et nommées cammon/commons/camán ou encore shinny sont pratiquées dans le comté d'Antrim tout au long du XIXème siècle.  Si la fréquence de la pratique de ces sports décline sensiblement après la grande famine, elle ne disparaît pas et ces formes variés de hurling non codifiées survivent même à la fondation de l'association athlétique gaélique. Dans les années 1880, un match resté légendaire et opposant Cushendall à Ballyeamon voit une centaine de joueurs dans chaque équipe tenter de faire passer une petite balle de bois entre des buts faits de tas de cailloux.
Ce n'est qu'à l'occasion de l'établissement en 1904 du Feis na nGleann, festival annuel célébrant la culture irlandaise créé dans la somptueuse région des montagnes d'Antrim (the Glens of Antrim), que le hurling ainsi nommé par la GAA prend définitivement le pas sur les autres formes de jeu.
A cette date, la pratique du hurling se développe jusqu'à la ville de Belfast à proprement parler , et l'un des historiens de la GAA, Dónal McAnallen, révèle d'ailleurs les efforts constants du fondateur Michael Cusack à promouvoir la pratique du hurling sur l'aire urbaine de la grande cité du nord, et ce longtemps après qu'il ait pourtant quitté son poste de secrétaire général de l'association, ce dernier nourrissant en effet une affection durable et certaine pour la ville.
La fondation de nombreux clubs et l'organisation de compétitions de hurling dans la ville au début du XXème siècle conduite par des hommes tel que Bulmer Hobson favorise l'implantation du hurling dans le comté.
En 1901, sept clubs assurent la promotion du jeu dans la ville et l'ambition est clair, "la pratique du vieux sport doit être un puissant facteur permettant de rendre Belfast aussi irlandaise qu'elle ne fut anglaise par le passé".
En réalité, l'élan pris au début du siècle s'atténuera tout au long des décennies suivantes, et même si Antrim conserve son incontestable leadership sur la province, il demeure incapable de concrétiser au niveau national.
Si on se souvient des progrès réels accomplis dans les années 1940 par le comté en football, c'est encore une fois le hurling qui permet au comté de se rapprocher du succès.
En 1940, Antrim créé la sensation en dominant Laois en demi-finale du All-Ireland Minor de hurling avant de s'incliner de peu face à Limerick en finale. Un grand nombre de joueurs de cette génération minor composera d'ailleurs l'ossature de l'équipe senior qui réalise un parcours exeptionel dans le All-Ireland 1943. C'est d'abord Galway qui vient s'incliner en quarts de finale de trois points à Belfast avant que le grand Kilkenny ne tombe au Corrigan Park dans des conditions météo dantesques.
Les saffrons deviennent la première équipe issue d'Ulster à atteindre la grande finale nationale en hurling.
En finale, Antrim est opposé à une équipe de Cork constellée de stars telles que Jack Lynch évoluant au milieu, ou encore le légendaire Christy Ring au poste d'avant centre.
Ce sont 48.843 qui prennent place à Croke Park, constituant alors la 3ème meilleur affluence jamais enregistrée dans la grande enceinte dublinoise. Les rues de Belfast sont désertes et c'est une clameur gigantesque qui accueille les hurlers à leur entrée sur la pelouse.
Au moment du toss d'avant match, le traditionnel échange des présents voit les deux capitaines échanger du beurre et du thé, deux produits considérés comme luxueux en cette période de privation due au conflit mondial.
Les hurlers d'Antrim, dépassés par l'enjeu, sont laminés par une impitoyable équipe de Cork menant déjà de 18 points à la pause. Antrim s'inclinant finalement 0-04 à 5-16. Un coup très dur porté au hurling à Antrim et en Ulster.
Le cauchemar de 1943 se reproduira presque à l'identique en 1989. Antrim remporte un nouveau trophée de champion d'Ulster contre Down avant de battre Kildare en quarts du All-Ireland et de retrouver Offaly en demi-finale.
Cette formation d'Offaly est composée d'éléments expérimentés ayant déjà remporté deux All-Ireland plus tôt dans le courant de cette décennie 80 et de jeunes talentueux venant de récolter trois titres nationaux en quatre ans.
Antrim parvient au prix d'une deuxième mi-temps fabuleuse, à s'imposer de trois point. La fin du match donne à voir l'une des images restée dans l'histoire du hurling, les joueurs d'Offaly formant une haie d'honneur à leur vainqueur à la manière des rugbymens.
Mais, comme quarante six ans plus tôt, la dernière marche reste trop haute et Antrim s'écroule face à Tipperary  (3-09/4-24) et son attaquant star, le grand Nicky English auteur de 2 buts et 12 points ce jour là.
Antrim a continué depuis à sortir de très belles équipes mais aucune n'est parvenue à atteindre ce niveau de la compétition.
Si le comté attends toujours son premier sacre national, les équipes de clubs elles, ont déjà conquis des titres tant en hurling qu'en football.
Il faut également se souvenir que le club du West Belfast de St.John's fut l'un des éléments moteur dans la création d'un championnat All-Ireland des clubs.
Dans les années 1960, le club est à l'origine d'un tournoi évoluant rapidement vers une sorte de championnat d'Ulster des clubs. Une motion fut déposée par le conseil GAA de l'Ulster lors de la convention annuelle a Croke Park conduisant à la création du premier championnat national des clubs en 1971.
En 1983, le club des Loughgiel Shamrocks devient le premier d'Ulster a remporter le titre national, s'imposant en finale face au champion d'Offaly, St.Rynagh's, avant de rééditer en 2012 contre Coolderry, autre représentant d'Offaly.
Dans les années 90 et 2000, Dunloy fut à plusieurs reprises proche de rééditer l'exploit.
En 2010, ce fut au tour des footballeurs de St.Gall's de connaître la consécration après une première tentative infructueuse en 2006, ils prennent le meilleur sur le champion du Clare,  Kilmurray-Ibrickane.

Un titre national qui confirme leur statut de force incontournable dans le comté, car même si le voisin de St.John's demeure le plus titré au niveau local avec 24 titres, St.Gall's en compte lui 15 dont 14 remportés depuis 1982.
La GAA est donc solidement implantée à Belfast même si le grand défi, bien plus que dans le reste du pays, consiste à lutter pied à pied avec le soccer, spécialement dans la classe ouvrière.
Du sort de cette "bataille", dépend l'issue de la lutte pour faire d'Antrim une place forte nationale dans les compétitions inter-comtés.