All-Ireland 2018

lundi 14 avril 2014

Dublin ne meurt jamais, Derry en invité surprise, Un dimanche de football

Michael Shields and Bernard Brogan
Du grand Bernard Brogan pour son premier match en 2014


Même si il est encore loin de tenir un rendement convenable 70 minutes durant, ce Dublin cuvée 2014 semble posséder des ressources, mentales comme physiques, absolument inépuisables.
Les semaines et les scénarios se suivent sans se ressembler, mais l'issue reste inévitablement la même.

Ce dimanche, dans un Croke Park baigné de soleil, il fallait tout de même une foi à renverser toutes les montagnes d'Irlande pour imaginer déboulonner une équipe de Cork sur un nuage après un quart d'heure de jeu et deux buts inscrits par Colm O'Neill (ajouté tardivement au XV par Cuthbert) et Devereux (csc). +10 et même +11 en début de seconde période avant que super Michael Darragh ne sonne la révolte, la machine est alors lancée et plus rien ne pourra la stopper, Eoghan O'Gara , dît "le démolisseur" , ou  Bernard Brogan pour son grand retour, se trouvaient en bout de chaîne d'un mécanisme huilé à merveille et capable de réagir après avoir été soumis à un Cork intouchable en première période.


Dermo Connolly, auteur du point décisif à Tyrone dimanche dernier, inscrivait en fin de match le penalty qui scellait définitivement le sort de la partie. Cork K.O debout devra à la fois faire fructifier le positif d'une campagne globalement satisfaisante et tirer les leçons d'un écroulement mentale assez spectaculaire (Cork ne marquera plus le moindre point à partir de la 52ème et jusqu'à la fin du match).

Dublin retrouvera la sensation de cette league en finale dans un peu moins de deux semaines, Derry s'est effet offert le scalp de Mayo grâce à un fabuleux rally dans les ultimes minutes.
Ayant évolué en infériorité numérique durant les deux tiers de la partie, suite à l'expulsion de leur expérimenté milieu de terrain, Fergal Doherty, le mérite du comté à la feuille de chêne n'en est que plus grand.
Une équipe jeune, affamée, et en spectaculaire progrès après une période de vaches maigres, reviendra donc au Q.G de la Gaelic Athletic Association pour y disputer sa première finale de league depuis 2008 (victoire contre Kerry (2-13/2-09).
Une sérieuse remise en question s' impose pour James Horan et ses hommes, car après le nul face à Dublin,  il s' agit du deuxième revers concédé en supériorité numérique durant plus d'une mi temps.

                                                          Le résumé de Derry v Mayo


Parmi les commentaires d'après match, les consultants tv ne tarissaient pas d'éloges sur les dubs.
Joe Brolly (ex attaquant star de Derry et consultant RTE) affirmait "qu'avant d'envisager un quelconque succès contre Dublin,l'adversaire devrait d'abord s'assurer de ce que Michael Darragh MacAuley soit "hors d'état de nuire".
Avec la même ironie, Colm O'Rourke (RTE) suggérait une nouvelle règle pour plus d'équité, une forme de handicap pour le comté-capitale, "moins quinze points contre Meath et peut être moins dix contre Cork par exemple"

Le coach dublinois, Jim Gavin, si il ne cachait pas sa satisfaction devant un retour d'une telle ampleur, s'agaçait malgré tout des nouvelles errances connues par son équipe en première période, "ces manques de concentration dans certains domaines techniques nous coutent cher et lorsque vous jouez contre une bonne équipe comme Cork, la punition est immédiate." et avouait une forme d'inquiétude devant de telles passages à vide à l'abord du championship.
A propos de son futur adversaire en finale le 27 avril prochain, Gavin reconnait "Derry joue un excellent football cette année, nous sommes bien placés pour le savoir (Dublin s'était incliné en phase régulière le 16 mars 0-13/1-16 au Celtic Park), ce sera un gros match dans quinze jours.

Le coach de l'adversaire malheureux du jour, Brian Cuthbert avouait lui son admiration "Vous avez pu voir que dans les moments chauds, la classe et l'expérience de leurs joueurs ont fait la différence, et puis Dublin a la capacité de faire sortir du banc des garçons comme Bernard Brogan ou Eoghan O'Gara"
puis défendait aussi son travail depuis le début d'année, "dépassés? je ne pense pas, nous nous sommes fixés des objectifs et tout se met en place petit à petit, il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs"

C'est donc une affiche plutôt surprenante qii clôturera cette édition 2014, mais à priori emballante entre Dublin, l'équipe la plus spectaculaire depuis le début d'année, tant en terme de jeu que sur la folie des scénarios proposés, et un Derry qui retrouvait la D1 cette année et s'est avancé sans le moindre complexe à chacune de ses sorties.
Battre une seconde fois les dubs en l'espace de 6 semaines relèverait du véritable exploit pour Derry, mais comme les dubs, ils semblent n'avoir peur de rien et en capacité permanente de relever les défis les plus fous.





vendredi 11 avril 2014

Augmentation de 10% du nombre de points/match, les premiers effets du carton noir?

Less than one black card shown per game

La CCCC (Central Competitions Control Committee) de la GAA a rendue publique une étude statistique ayant trait aux premiers effets du carton noir sur le nombre de points par match en Allianz League.
Depuis l'application des nouvelles règles au 1er janvier, on constate une augmentation de 10% du nombre de points/match, s'agit t-il des premiers effets directs de l'introduction du carton noir ou n'est ce que pure coïncidence? quoiqu'il en soit, cette tendance est une constante car sur une période de vingt ans, on note une augmentation de la moyenne de points par rencontre d'environ 40%.

En moyenne, en 2014,  c'est un peu moins d'un carton noir par match qui a été sorti sur les 7 journées de league dans les quatre divisions. Dans le même temps, on constate aussi une décrue spectaculaire du nombre global des cartons infligés. 


Le nombre de cartons par match

Le nombre de cartons distribués par match a donc diminué de façon extrêmement impressionnante à l'occasion de la phase régulière de cette Allianz League 2014. Au total, 4,39 cartons (noir, jaune et rouge confondus) contre une moyenne de 8,32 en 2013, soit une baisse significative de...50%!
Le tableau ci dessous reprends les statistiques comparatives du nombre de cartons distribués sur ces deux dernières années.



















Nombres de Points par match

Le nombre de points par match a progressé de 10% depuis l'instauration du carton noir punissant les fautes d'anti-jeu caractérisé. En Allianz League cette saison, le total des points cumulés (buts et points) par match fut de 32.77 points.
Ce qui marque une progression de 3.5 points par match par rapport à l'édition 2013 de la league et de 4 points par match par rapport à 2012.
Le nombre de buts inscrits est lui passé de 1.79 par rencontre lors de l'édition 2013 à 2.38 en 2014




Les chiffes indiquent également une augmentation constante et spectaculaire du nombre de points inscrits sur les vingt dernières années, et comme le tableau ci dessous l'indique, c'est un bond de 40% dans la moyenne de points inscrits par match en 2014 par rapport à la saison 93/94.




Si le fan lambda peut se réjouir d'une augmentation aussi nette du nombre de points par match, s'accompagnant il est vrai d'un spectacle plus attractif en ce début d'année, il s'agit néanmoins d'analyser plus en détail ces chiffres, et de tenter de décrypter ce qu'ils impliquent, notamment en terme de difficulté grandissante à défendre de façon "propre" et, pour les arbitres, à faire preuve de discernement et de cohérence dans leurs prises de décisions.


Le tackle controversé de Sean Cavanagh sur Conor McManus en 1/4 du dernier All Ireland

Le chiffre le plus impressionnant pour moi, au delà de l'augmentation du nombre de buts et de points est clairement l'effondrement du nombre de cartons (jaunes et double jaune surtout), s'expliquant probablement par l'effet combiné d'une "peur" manifeste de défendre pour beaucoup de joueurs, ne sachant plus clairement à quelle catégorie appartient tel ou tel type de geste, ainsi qu'à la volatilité des comportements arbitraux par rapport à l'application des dites règles.

Et c'est bien là que se situe l'essentiel du problème, l'application des règles bien plus que les règles elles mêmes.
Certains, comme Seán Walsh (ex président du comité du Munster et du Kerry) ou encore Ciaran McKeever (ancien capitaine d'Armagh) estimaient d'ailleurs l'été dernier, après "l'affaire Cavanagh",  que le temps était peut être venu de légaliser le plaquage façon rugby et de rendre ainsi plus clair ce geste souvent ambigüe et traité de façon très aléatoire par les arbitres, comme on a encore pu le constater de manière plus qu'évidente lors du match Tyrone-Dublin de dimanche dernier. Mr Duffy sortant le carton noir à McNamee (Tyrone) au bout de 3 minutes seulement mais faisant preuve de beaucoup plus de clémence à l'égard des joueurs de Dublin pour des fautes similaires, et ce à trois reprises, notamment sur l'action amenant le penalty de Peter Harte en seconde période.
 Rien que ce weekend, on a aussi relevé des incohérences flagrantes et similaires à l'occasion des matchs Cork-Kerry ou encore Armagh-Donegal pour ne citer que ceux là.

Le grand défi que la GAA aura donc à relever dans les années à venir, je dirais même, "la mère de toutes les batailles", sera évidemment le niveau de formation des arbitres. Ces derniers, trop abandonnés à leur sort,  faisant actuellement avec les moyens du bord, (et il ne s'agit pas là de leur adresser une critique bête et méchante), mais évoluant avec un logiciel dépassé depuis plus de vingt ans, et les choses ne vont pas en s'améliorant ces dernières années, leur tache est rendue pratiquement impossible ou en tout cas de plus en plus hardue.
 Car il faut bien avoir à l'esprit que ce jeu est extrêmement compliqué à arbitrer, bien plus sujet à interprétation qu'aucun autre jeu de balle en extérieur, et bien plus rapide aussi (autant que le hurling), à plus forte raison avec un niveau de plus en plus élevé, en inter-comté notamment.
Le rugby a rencontré des problèmes assez similaires dans le courant des années 90, avant de s'adapter via des clarifications de règlement ou des innovations technologiques.

Le carton noir parait en soi un apport bénéfique, tant sur le plan de la fluidité du jeu (et donc du spectacle offert) que sur celui de la sécurité des joueurs, et il possède l'avantage de déculpabiliser l'arbitre, ce dernier sanctionnant d'avantage le joueur plutôt que l'équipe.
Un autre effet semble avéré, le fait que, psychologiquement, pour un joueur, le carton noir est équivalent (donc aussi dissuasif) qu'un rouge , car signifiant la fin de la partie à titre individuel.

Pour conclure,  il semble clair qu'une absence de réaction forte du board concernant les errances pré-citées entrainerait à terme une évolution irrémédiable vers une anarchie à tous les niveaux et une sclérose fatale pour ce sport.

Affaire à suivre...