All-Ireland 2018

jeudi 3 mai 2018

Gangs of New York, un brève histoire de la GAA dans la big apple



C'est incontestablement l'un des aspects les plus "pittoresques" de toute la saison, une "bizarrerie" qui fêtera l'an prochain ses vingt ans.
Une équipe ne se formant qu'en une seule occasion dans la saison, composée de joueurs dont les niveaux sont aussi divers que les horizons dont ils proviennent. Une équipe n'ayant jamais remporté le moindre match en dix neuf tentatives et perdant ses rencontres par une moyenne de 13.2 pts.

Depuis 1999, les formations du Connacht se déplacent dans la big apple en ouverture de chaque championship et selon un système de rotation. La province du nord ouest (la moins riche en comtés) "héberge" également l'autre formation dite "des expats", Londres.
Mais si la participation du London GAA ne diffère en aucun point de celle des autres comtés en lice, il en va tout autrement pour celle de New York.
Car même si jusqu'ici, le "comté" d'outre Atlantique n'est jamais parvenu à prendre le meilleur sur aucun de ses visiteurs métropolitains, la question se pose malgré tout chaque mois de mai, et ces dernières années avec plus d'insistance.
Et si New York s'imposait ? Une poursuite de la compétition  dans le championnat provincial pourrait s'avérer un vrai casse tête pour la GAA.

Même en 2018, les difficultés logistiques résultant d'un déplacement aussi lointain, spécialement en période d'examens pour nombre d'étudiants (ces derniers formant une partie non négligeable des effectifs seniors), paraissent difficilement surmontables.

Compliqué également d'envisager un aller-retour des new-yorkais (en réalité tous ou presque citoyens irlandais) pour des raisons de délais d'obtention des visas avec une administration US toujours aussi "tatillonne" sur les questions d'immigration.

Alors ? Alors rien...car quoiqu'il advienne, le parcours des exiles ne pourra de toutes façons pas aller au delà de ce quart de finale provincial, qui en réalité s'apparente plus pour eux à un match de gala annuel sans suite dans la calendrier, et c'est bien la différence notable avec Londres.

La question semble étrangement n'avoir jamais été envisagée dès le départ...
Les conséquences seraient en revanche bien réelles pour le battu (en l'occurrence Leitrim cette saison) qui serait lui contraint d'en passer par les qualifs, comme tout comté battu en championnat provincial.
Ce qui porterait à 17 le nombre d'équipes engagées pour le 1er tour et obligerait concrètement à une sorte de barrage entre l'un des perdants de ce 1er tour de qualifs et Leitrim...Dur à suivre donc.

En 2016, Roscommon finaliste de l'Allianz League un mois plus tôt, passa à deux doigts d'avoir le privilège peu enviable de devenir le premier comté à tomber dans le Bronx, ne s'extirpant du piège que d'un petit point (1-15/0-17) soit 18-17, le plus petit écart entre les locaux et une équipe du Connacht.
L'an passé, Sligo s'était également fait quelques frayeurs en seconde période avant de prendre le meilleur (1-21/1-13).

Leitrim qui foulera dimanche la pelouse du Gaelic Park pour la quatrième fois, avait aussi senti passer le vent du boulet en 2003, en étant la seule formation jamais poussée à une prolongation par New York en championship (0-12/0-14).

Quel est le niveau réel de ce New York cuvée 2018 ? 
La nette victoire obtenue jeudi dernier face à Corofin (1-20/1-07), dernier vainqueur du All-Ireland des clubs en mars, est un bon indicateur du sérieux avec lequel Leitrim devra aborder cette formation, même si le club de Galway ne disposait pas, loin s'en faut, de tout son effectif au Gaelic Park.
La "Crossmaglen connection" pourrait être l'une des clés d'un premier succès historique, avec Aaron Cunningham et surtout l'ancien capitaine d'Armagh Jamie Clarke, nommé dans la liste des All-stars 2017.
Les deux hommes furent les grands artisans du doublé des Rangers en All-Ireland des clubs en 2011 et 2012.
Clarke est chaud comme la braise et vient de passer 13 points à Corofin.
Outre ces deux là, on aura aussi l'occasion de revoir  Tom Cunniffe, victime d'une blessure aux tendons du pied droit lors du quart de finale du All-Ireland 2015 face à Donegal, l'arrière droit de Mayo avait été privé de la double confrontation face aux dubs en demi finale, et sera comme en 2017 présent dans le quinze new-yorkais.
Neil Collins (Roscommon) ou encore Dalton McDonagh (Meath) figurent aussi parmi les "guests" retenus dans le groupe par Justin O'Halloran pour le match de dimanche.
Méfiance donc, pour un Leitrim qui est à juste titre considéré comme étant le comté le plus faible de la province et fait figure de première victime idéale. Leurs performances printanière n'incitent guère à l'optimisme, puisque les canaris n'ont grappillé que deux petites victoires en Division 4 lors de la dernière league (face à Limerick et Wicklow).


Cavan-Kerry au Polo Grounds de NY en 1947 

Ce match, qui sera le vingtième de l'histoire du New York GAA en championship, permettra aussi de célébrer les 90 ans de la première rencontre disputée au Gaelic Park.
Car si le vécu des "exiles" en All-Ireland est un peu limité, New York a participé de façon intermittente à la National Football League au cours des années 1950, 60 et jusqu'en 1989 à l'occasion d'un match sec organisé face au vainqueur de la League dite "home".
L'équipe était alors déjà composée d'immigrants de plus ou moins longue date, mais également de "natifs" à l'image du petit attaquant Jackie Hugues, et se mesurait alors sans complexes et parfois avec réussite aux grosses cylindrées irlandaises, comme en 1950 où à l'occasion de cette première "finale" transatlantique, les joueurs new-yorkais s'imposèrent face à Cavan (2-08/0-12) soit 14-12.
Ils rééditeront la perf en 1964 face à Dublin puis en 67 face à Galway.
Les équipes irlandaises ne se déplacent évidemment pas au grand complet aux États-Unis et la date du match (fin avril-début mai) ne coïncide pas avec le niveau maximal de préparation, mais ces résultats sont significatifs du niveau que peut alors atteindre le foot gaélique made in USA sur la lancée de sa période faste de l'après guerre.
L'apogée de cet âge d'or intervient en 1947 avec la tenue au Polo Ground de Manatthan (le stade des Giants) de la finale du All-Ireland remportée par Cavan face à Kerry.
L'événement fut organisé dans le cadre des commémorations du centenaire de la grande famine, mais aussi dans le but de consolider les liens entre la GAA et son fief le plus solide hors des frontières de l'île.

Emmenés par la plus grande communauté d'expats et de descendants d'irlandais au monde, les sports gaéliques se portent toujours plutôt bien aux states et plus particulièrement à New York.
Signe de cette vitalité, les sept équipes (garçons et filles) envoyées aux derniers world games de Dublin en août 2016, tous sports confondus (football, hurling et camogie).
La grosse pomme y raflant d'ailleurs un beau doublé homme-femme dans la catégorie dite "native" (c'est à dire ne comportant en son sein que des joueuses ou joueurs non irlandais(es)).
Les garçons s'imposant en finale à Croke Mark face à l'équipe de France d'Olivier Kowarski (4-05/1-09) soit 17-12, et les femmes battant de leur côté la sélection canadienne (2-04/0-05) soit 10-5.


Le match face à Leitrim se jouera dimanche soir à 20h15 (heure française) et si l'idée de placer un pari vous vient, sachez que Leitrim est donné favori par les bookmakers avec 8/11 pour une victoire des canaris,  New York est lui à 11/8, alors que le nul est côté 15/2.

Ce dimanche (16h30), Londres l'autre formation "exiles", recevra Sligo au McGovern Park de Ruislip dans l'ouest londonien.




Les dix neufs matchs de New York dans la championnat du Connacht:

1999: Mayo 3-13 New York 0-10, MacHale Park

2000: Galway 1-15 New York 1-5, Tuam Stadium

2001: Roscommon 3-13 New York 1-9, Dr Hyde Park

2002: New York 1-11 Sligo 1-19, Gaelic Park, NY

2003: New York 0-12 Leitrim 0-14 AET, Gaelic Park, NY

2004: New York 1-8 Mayo 3-28, Gaelic Park, NY

2005: New York 0-6 Galway 3-14, Gaelic Park, NY

2006: New York 0-9 Roscommon 1-14, Gaelic Park, NY

2007: New York 1-3 Sligo 2-18, Gaelic Park, NY

2008: New York 0-6 Leitrim 0-18, Gaelic Park, NY

2009: New York 1-7 Mayo 1-18, Gaelic Park, NY

2010: New York 0-12 Galway 2-13, Gaelic Park, NY

2011: New York 1-11 Roscommon 3-21, Gaelic Park, NY

2012: New York 0-6 Sligo 3-21, Gaelic Park, NY

2013: New York 0-7 Leitrim 4-19, Gaelic Park, NY

2014: New York 0-8 Mayo 4-18, Gaelic Park, NY

2015: New York 0-8 Galway 2-18, Gaelic Park, NY

2016: New York 0-17 Roscommon 1-15, Gaelic Park, NY

2017: New York 1-13 Sligo 1-21, Gaelic Park, NY

mercredi 4 avril 2018

Allianz League 2018, le debrief en sept points


La National Football League a rendu son verdict ce week-end. Avant de se projeter vers le All-Ireland, que faut-il retenir de ces deux premiers mois de football de 2018?


Que le calendrier densifié (en raison de l'introduction cet été du super8 en lieu et place des quarts de finale du All-Ireland) n'a rien enlevé à la qualité d'ensemble d'une compétition dont le niveau est toujours plus relevé d'année en année, et que si l'expérience exige de ne pas tirer de conclusions hâtives de ce round hiverno-printanier, il permet toujours malgré tout, de dégager quelques traits marquants sur l'évolution du jeu, de dévoiler de nouvelles têtes et d'en savoir plus sur le potentiel de chaque formation à l'orée de la saison estivale.

Voici les sept points à retenir de cette Allianz League 2018.

L'image résumant  la GAA des années 2010


1. Dublin, référence absolue des années 2010.

C'est une évidence, Dublin est le maître incontesté de cette décennie en All-Ireland, mais les ciel et marine se taillent également un palmarès de choix dans la compétition secondaire.
L'équipe de Jim Gavin vient de rafler un cinquième titre de champion de D1 en six années, une domination plus vue depuis celle du grand Kerry entre 1969 et 1974, à la différence près que durant cette période forte, Kerry n'avait réussi le doublé League-Championship qu'à une seule reprise (en 1969), alors que cet été les dubs seront en quête d'un quatrième doublé après ceux de 2013, 2015 et 2016.
Tout ceci fait dors et déjà de Dublin l'équipe la plus titrée sur une décennie (qui n'est pas encore achevée).avec 17 titres majeurs au compteur depuis 2010.

Et le manière avec laquelle ce titre a été gagné - jouant à 14 durant les vingt dernières minutes et contre le vent dans un match à touche-touche depuis le coup d'envoi - rend la performance encore plus impressionnante.
Même Gavin, d'ordinaire plutôt avare en louanges à l'égard de ses hommes, a reconnu "je trouve remarquable qu'ils parviennent à maintenir une telle régularité dans l'envie et l'engagement après tout ce qu'on a fait depuis cinq ans"

2. Dublin toujours plus fort et sans limites….

L'histoire nous a appris que le déclin des grandes équipes était souvent dû à une difficulté rencontrée par certains managers à  se séparer si nécessaire de joueurs cadres au moment opportun, mais à l'évidence, Jim Gavin n'appartient pas à cette catégorie là.

Colm Basquell, révélation des dubs durant cette League 2018

L'homme de Clondalkin a encore utilisé 33 joueurs durant cette campagne de League. accordant notamment un temps de jeu et un rôle significatif à des joueurs comme Brian Howard (milieu off droit) ou Colm Basquell (full forward).
Le vivier de talents est certes gigantesque mais Gavin sait assumer ses choix et les rendre évidents pour tous.

Pour illustrer cette réalité, il faut rappeler que Dublin a mené cette nouvelle campagne victorieuse sans Jack McCaffrey, Cian O'Sullivan, Paul Flynn, Dermo Connolly, Con O'Callaghan (apparu seulement en finale) et Bernard Brogan.
Ce qui en terme de palmarès cumulés correspond tout de même à 2 anciens footballer of the year, 16 all stars et 20 médailles de All Irelands...


3. Galway,  retour en force 

Damien Comer, le bulldozer des "tribes"

La côte de Galway pour le prochain championship a encore grimpé d'un cran.
Les tribes suivent une pente ascendante, et leurs deux victoires de suite sur Mayo lors des championship 2016 et 2017 annonçaient déjà le retour sur le circuit d'un gros client.
La réputation d'effritement progressif et d'équipe seulement bonne à réaliser des embuscades mais incapable de tenir une bataille de haut niveau semble désormais derrière eux.
Cette solide campagne de League vient accréditer l'idée qu'il faudra compter avec Galway cet été.
Le secteur offensif est richement doté et peut surtout compter sur un Damien Comer quasiment injouable lorsqu'il évolue à ce niveau.
Mais la défense est la véritable pierre angulaire du système Walsh. Galway a réussi sept "blanchissage" en huit matchs (dont les deux face à Dublin), ne concédant qu'une moyenne de 13pts par rencontre.



4. Mayo stagne

Le maintien en D1 arraché au forceps face à Donegal et le grand soulagement qui s'en est logiquement suivi ne masque pas une campagne très décevante pour les westerners.
L'effectif est vieillissant et Rochford peine à le renouveler. On notera tout de même l'émergence du corner back de Belmullet Eoin O’Donoghue, élu par les fans meilleur joueur de l'equipe pour cette League 2018 avec notamment deux très grosses prestations à Monaghan et lors du match décisif face à Donegal. Mais il en faudra plus, beaucoup plus...
Lee Keegan 

La blessure à l'épaule de Lee Keegan face à Galway il y à quinze jours est un vrai coup dur puisque le "footballer of the year 2016" devrait être absent pour trois ou quatre mois.
Un coup dur que le retour programmé de Keith Higgins ne compense pas.

5. Kerry plombé par ses insuffisances défensives

David Clifford (Kerry)

Le kingdom n'est pas en manque de jeunes talents, et notamment dans le secteur offensif  avec un prometteur trio David Clifford, Seán O’Shea et Micheal Burns, mais la faiblesse récurrente des lignes arrières n'a pas été solutionnée.
Kerry n'a réussi a garder sa cage inviolée qu'en une seule occasion, concédant plus de buts qu'aucune autre équipe durant cette League.
Le tenant du titre a concédé une moyenne de 15.8pt/match, seul Kildare a fait moins bien.



6. Carlow, la "feel good story" du printemps

La montée de Carlow en D3, (venant confirmer leur beau parcours dans les qualifs du dernier championship) , restera comme la belle histoire de cette NFL 2018.
Le comté au maillot le plus flashy du pays s'extrayant des bas fonds de la NFL pour la première fois depuis 33 ans!

Carlow après sa victoire contre Wexford lors du dernier championhsip

Ce qui vient une nouvelle fois souligner que l'organisation hiérarchique de la League est le meilleur gage de progression et de développement pour les comtés les plus faibles.
Et cela pose surtout la question: pourquoi la seule compétition que les petits comtés ont une chance de remporter s'achèverait t-elle fin mars?
La nécessité de (re)créer un championship à deux niveau est probablement la priorité absolue de ces prochaines années.

7. Derry touche le fond.

Damian McErlain, manager de Derry en poste depuis novembre 2017. 

À qui décerner la palme du gâchis?
Cork figure sur le podium sans hésitation,
les rebels s'aligneront en 2019 pour une troisième saison consécutive en D2 et ne sont pas passés loin de descendre d'un étage supplémentaire, ne se maintenant aux dépends de Down qu'au goal average.
Mais la première place revient de droit à Derry. Finalistes de D1 en 2014, les Oak Leafs continuent de s'enfoncer lentement mais sûrement, et la League ne pardonne pas,  sa vérité est froide et sa justice immanente.
Les performances nationales très honorables de son club phare (Slaughtneil) ne rejaillissent malheureusement pas sur la sélection et la tâche du jeune manager Damian McErlain s'annonce délicate.